Sheri's Tribune







Le sens des responsabilités

Outre la peinture, j'enseigne l'anglais (je gère ma propre entité) et j'exerce une troisième activité qui est horticole. Je me passionne pour les jardins quand ils sont à la fois ornementaux et fonctionnels.
Bon.
Maintenant j'ai eu l'occasion de combiner ces activités. Une MFR (maison familiale rurale) spécialisée dans le paysage et la fleuristerie m'avait proposé un poste d'enseignant. J'y ai donné cours pendant un an. Si j'ai aimé échanger avec les apprentis fleuristes, j'ai cordialement détesté les apprentis paysagistes. Je n'ai ressenti aucune passion chez ces derniers. Aucune passion, aucune envie de se dépasser, aucune volonté de se prendre en main ... et d'assumer.
Vous allez me dire : "Ce sont essentiellement des manuels qui ne s'intègrent pas dans un environnement scolaire classique. Ce n'est pas sans raison qu'ils aboutissent dans une MFR".
Et vous avez peut-être raison.
MAIS, là où le bât blesse, c'est qu'une partie du personnel contribuait ouvertement à cet état d'esprit.

Aller dans le sens des élèves -- pardon, on doit dire 'apprentis' -- est une chose. Leur donner un diplôme sans qu'ils aient acquis la notion d'effort en est une autre.
La Direction ne se souciait que de l'avis des parents, parents pleinement satisfaits de voir leur engeance partir de la MFR avec un diplôme en poche. Diplôme bradé, qui ne reflétait aucunement le niveau réel, mais diplôme quand même.

Le Directeur un jour m'a dit ceci : "Dans 10 ans, les deux tiers d'entre eux seront patrons". Ce à quoi je réponds : "Dans 10 ans, les deux tiers d'entre eux seront patrons, et dans 13 ans, les deux tiers de ces deux tiers auront déposé le bilan". Parce ce qu'on n'aura jamais inculqué à ces gamins le sens des responsabilités.

J'ose espérer qu'il n'en est pas ainsi dans toutes les MFR.
Mon statut d'indépendant m'a permis d'exprimer mon point de vue. J'ai ressenti de la souffrance, de la frustration et de la colère chez les intervenants salariés qui s'efforcent d'enseigner les matières les plus académiques. Sentiments partagés par une bonne part du personnel administratif.

Dernière chose, et non des moindres. Je devais moi-même rédiger les questions, faire passer les examens... et les corriger. Ce qui est absolument anormal. Quid de l'impartialité du rédacteur et du correcteur ?
Vous pensez bien qu'il m'a été demandé, de manière très 'officieuse' (on le niera, bien entendu), de me montrer très arrangeant...
En gros, on me demandait de couper la viande, de la mâcher moi-même... et de faire le travail de digestion :

"Oui, c'est pas normal, tu es trop drastique. Tu t'en es pris à tel élève, c'est un bon gars ! T'aurais pas dû !"
"Tu as vu sa copie d'examen ?"
"Non, mais j'ai pas besoin. Je le connais bien."
"Attends, je vais te la montrer."
"Non, j'te dis. J'ai pas besoin de la voir."
"Si si, quand on accuse, on assume ! Que vois-tu sur cette copie ? Allez, réponds ! Ah, tu ne vois rien ?! C'est normal, parce que ton 'bon gars' n'a rien écrit. Il avait un mois pour s'y préparer. Je lui ai consacré nos trois derniers cours pour l'aider à pondre un texte (qu'il est censé pondre tout seul). Rien. Il n'a strictement rien foutu. Et il en va de même de ses petits camarades... ! Je fais quoi, moi ? J'accepte ça, sans broncher ? Ni toi, ni la Direction ne levez le petit doigt. Faut pas s'étonner."

On parle quand même de diplômes attribués par le ministère de l'Education Publique ! Cela ne frise pas le scandale : c'est bel et bien un scandale.
Au final, c'est cela qui achève de pourrir le fruit.

Si ces gamins-là, formés de cette manière-là, représentent l'avenir...